
« Il s’agit donc d’habiter l’édifice […] le laminer jusqu’à ce que l’une ou l’autre de ses parois deviennent suffisamment diaphane pour laisser deviner la fragile image d’un dehors. »
— Philippe Lacoue-Labarthe
Formé à la peinture à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, Hadrien Marteaux développe aujourd’hui une pratique du dessin fondée sur l’image et sa transformation.
Son travail prend appui sur un flux d’images hétérogènes — photographies personnelles, captures, images trouvées — issues d’un monde déjà médiatisé et en partie filtré. Ces images, loin d’être neutres, sont sélectionnées à la fois par l’artiste et par les systèmes qui les produisent et les diffusent. Ce double filtre — humain et algorithmique — constitue le point de départ de son travail.
À partir de cette matière, il engage un processus de reprise et d’altération : les images sont redessinées, superposées, grattées, laminées. Le geste n’est pas correctif mais insistant. Il ne s’agit pas de reproduire, mais d’user l’image jusqu’à ce qu’elle cède partiellement, laissant apparaître autre chose.
Les figures deviennent incertaines, les espaces se déforment, oscillant entre architecture et mirage. Ce qui se donne à voir n’est jamais stable : c’est une image en train de disparaître autant que d’apparaître.
Le travail se déploie sous forme de séries, proches d’une logique éditoriale, où chaque image agit comme un fragment. L’ensemble compose un champ de variations où se rejouent, de manière répétée, les conditions mêmes de la perception.
Dans cette pratique, il n’y a pas de recherche d’objectivité. Les images sont déjà transformées avant même d’être travaillées. Le dessin prolonge cette transformation, en la rendant visible.
Ce qui se joue ici, c’est moins la représentation du monde que l’expérience de sa médiation.